Sharpie

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Le bateau dans son contexte historique :
Conçu en 1937 pour l’entrainement en vue des courses olympiques en solitaire et des championnats de cette spécialité, le Sharpie de 9 m2 a connu, en quelques années un succès incroyable. Il a existé plus de 1200 unités de cette série. Il a été adopté comme monotype officiel de la Fédération pour les Championnats en solitaire. Il se rencontrait dans la plupart des régions de France et un très grand nombre d’ unités de cette série bon marché ont permis à de très nombreux débutants de posséder un bateau ayant d’excellentes qualités et d’accéder aux sports de la voile et même aux grandes compétitions. Amerami possède deux unités de cette série. Les grands centres de Sharpies étaient : les clubs de la Seine, ceux de la Loire, les environs de Marseille et, d’une manière générale toutes les eaux intérieures.
Le Sharpie 9m2 est un dériveur monotype, gréé en cat-boat, imaginé en 1937 par les membres du Cercle de la voile de Paris et dessiné par Staempfli. Prévu pour l’entrainement en solitaire, son succès est lié paradoxalement à l’Occupation durant laquelle il obtient le label de « série officielle ». Dès lors il devient le support de toutes les championnats « pour homme seul » jusqu’au milieu des années 1950. (…) Pierre Staempfli était né dans la plaisance (en Suisse) (…) Il s’installa à Paris, bvd Haussmann, à la fin de 1936. Il était très influencé par les yoles allemandes, les renjollen de 10, 15, 20 et 22 m2.
C’est à bord de ces « machines à vent » que Manfred Curry avait mis au point ses théories et accumulé ses victoires. C’étaient des coques étroites et basses, à la surface mouillée minimale, dotées d’un gréement entièrement latté qui faisait merveille dans le petit temps avec un génois recouvrant largement (…) Le génie de Pierre Staempfli fut de combiner ce gréement avec une coque de sharpie (…) Pour gagner du poids, l’architecte helvetico-français diminua le franc-bord à l’arrière, inaugurant la tonture inversée qui serait tellement populaire dans les années 1950-1960, après que le Sharpie de 9m2ait contribué à la rendre esthétiquement acceptable.
Enfin, Staempfli créa un système de construction où le puits de dérive servait de squelette à la construction de la coque, facilitant ainsi l’alignement des pièces et la réalisation. Le bateau fut donc construit en 1937, essayé par les barreurs qui avaient eu l’idée de son programme, et abondamment critiqué. La coque tapait au près, et virait mal. L’un des critiques était un jeune homme vraiment très grand, champion de France en double, champion de France de Star, sélectionné olympique, et par ailleurs architecte d.p.l.g., Jean-Jacques Herbulot (…) A l’automne 1937, Herbulot reprit le plan de formes du Sharpie (…) Ce nouveau Sharpie fut construit, testé et accepté.
Le rôle d’Herbulot fut passé sous silence à la demande de l’intéressé, qui ne se considérait pas comme un architecte naval. Cependant, ce qu’il avait découvert lui plaisait. L’année suivante (1938), il dessinera un nouveau gréement pour le Monotype minimum de la Manche, puis concevra complètement le Dinghy Herbulot (1941), et tant d’autres … Malgré les modifications d’Herbulot, le Sharpie n’est pas exempt de vices. S’il est très agréable au près, avec un excellent cap et une grande finesse de barre, le vent arrière peut se transformer en cauchemar, le bateau enfournant et/ou chavirant au roulis (…) A l’époque, cependant, les défauts du Sharpie étaient des maux nécessaires pour avoir un bateau vraiment facile à construire par tous, vraiment économique, et remarquablement performant par rapport à ses contemporains.
De 1938 à 1939, quatre-vingt-cinq Sharpies furent construits : du jamais vu ! On ignore combien suivirent de 1940 à 1943. Après la guerre, G.P Thierry publia son remarquable « Construis toi-même ton Sharpie », qui acheva de doper la série.
En 1948, onze cents Sharpie avaient été enregistrés, et rien ne semblait devoir arrêter le développement de cette classe qui avait, de plus, le monopole du championnat en solitaire tant masculin (depuis 1939) que féminin (depuis 1946). Cependant, le Sharpie souffrait de sa facilité de construction : les amateurs utilisaient des matériaux très variés (…) et il y avait de grandes différences d’un bateau à l’autre, ce qui était gênant pour un bateau se voulant le parangon de la monotypie. Ensuite, il souffrait de son poids.
Lorsque le Vaurien (1952) apparut, pesant pratiquement la moitié du Sharpie, la cause fut entendue, et le développement de la série s’arrêta aussi brutalement qu’il avait commencé.

Amerami possède deux coques de ce bateau qui sont actuellement en cours de restauration.

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